La Légende

La fête médiévale de Sougné-Remouchamps, tous les deux ans, remet à l’honneur Emprardus, le bienfaiteur de la Porallée.

Château de Montjardin

On ne connaît pas la date exacte mais c’est au début du XIIIe siècle qu’un seigneur (ou une dame) du château de Montjardin à Remouchamps aurait fait don à son chasseur (Emprardus-li-Brakni) du droit de chasse, de pêche, de culture et d’élevage sur son territoire. À sa mort en 1230, ce chasseur aurait légué ses droits aux habitants de la région à condition de ne jamais y bâtir de maison et à charge de prier Dieu pour le repos de leur âme. Ces terrains sont désignés dans tous les actes sous le nom de la Porallée miraculeuse Dieu et Saint-Pierre d’Aywaille.

Quand le pays devient français, le territoire de la Porallée est nationalisé. Ensuite, par décret de 1810, il repasse dans le patrimoine communal et chaque détenteur de parcelles de terre en conserve la jouissance comme par le passé, moyennant un coût de location très modeste appelé les aisances.  Ce droit d’aisances est toujours bien d’actualité. Chaque mois, à la table du Conseil Communal d’Aywaille, des dossiers relatifs à ce droit ancestral sont abordés.

La Porallée vient des mots « pour aller ». En effet, le territoire de la Porallée faisait partie des duchés de Limbourg (à l’ouest) et de Luxembourg (à l’est). Les habitants pouvaient aller et venir à leur gré d’un duché à l’autre sans payer de taxe ni de dîme. Il s’agissait d’une zone franche. Ils avaient même la possibilité de cultiver un champ, de mettre du bétail en pâture, de prélever du bois de chauffage et de pêcher dans l’Amblève. Le tout gratuitement. 

La légende ci-dessous est racontée par l’écrivain et romancier Marcellin Lagrade né à Sougné le 2 décembre 1818 et décédé à Saint-Gilles (Bruxelles) le 28 octobre 1889.
Cet écrivain, dont la stèle commémorative siège toujours fièrement dans le parc de Remouchamps, a écrit un grand nombre de légendes se déroulant dans la Val d’Amblève. Ainsi, nous pouvons encore consulter ses légendes dans un recueil nommé « Les Légendes du Val d’Amblève ».

Marcellin Lagrade

La Légende

En l’an 1230, le seigneur de Montjardin commanda à Empérard, son braconnier, de venir l’éveiller de grand matin afin de se divertir à la chasse.
Empérard selon son commandement l’éveille,
le soleil étant sur le point de se montrer à l’horizon.
Le seigneur se fâcha qu’il avait laissé tant s’avancer le jour sans l’appeler.
Empérard proteste qu’il était encore de bonne heure.
L’autre réplique pour vous témoigner quelle heure il est,
je vous donne toutes les terres par où vous pourrez aller
devant que le soleil se montre à nos yeux
et je vous assure que vous en aurez bien peu.
Notre saint braconnier prend cette parole comme provenant
d’une part plus élevée que de son maître, monte à cheval, et,
le soleil, qu’on eût dit se devoir montrer en un moment,
s’arrêta comme pour un autre Gédéon jusqu’à ce qu’il eût fait
un tour de quatre lieues de ronde.
Le seigneur de Montjardin le voit retourner, les branches coupées
par les chemins lui font connaître le tour qu’Empérard a fait
et honorant la puissance de Dieu dans ses œuvres,
il donne ce qu’il avait promis à son braconnier lequel, après sa mort, l’a laissé aux manans d’ÉvailleRemouchamps et Henoulmont, distribuant largement, pour l’honneur de Dieu, ce qu’il avoit obtenu par son assistance.
Les terres que le saint a données à ces villages s’appellent
encore aujourd’hui la sainte Porallée.
Et il est trépassé l’an 1230 et enterré en l’église de St-Pierre à Évaille
avec l’épitaphe suivante  :

JVSTVS  VENATOR  JACET  HIC  VIRTVTIS   AMATOR

où les dépouilles de sa mortalité ont reposé jusqu’à 400 ans après, quand en ouvrant son tombeau,
on a trouvé son corps entier et armé des espée et esperons ornemens anciens ès sépultures de gentilhommes et chevaliers.Le tout, selon une peinture fort ancienne en l’église de Remouchamps 
En reconnaissance, les paroissiens de Sougné se rendaient, chaque année au mois d’août, à l’église St-Pierre d’Aywaille, pour déposer dans la chapelle du veneur un cierge (tortisse) fourni par souscription des habitants. Ceci, lors d’une procession précédée de tambours et de violons (cérémonial antique), et le curé chantait une grand’messe.

Source de la légende

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